Esquiver (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XVII e siècle. Emprunté soit de l'espagnol esquivar, « éviter », issu du germanique *skiuh, « farouche, insolent », soit de l'italien schivare, « éviter », issu du francique *skiujan, « craindre ».
1. V. tr. Éviter adroitement. Il fit un écart et esquiva le coup. Un boxeur habile à . Esquiver un importun (class.), éviter de le rencontrer. Fig. Esquiver un problème, une difficulté, faire en sorte de ne pas avoir à les résoudre. Cet orateur a esquivé toutes les questions embarrassantes. Esquiver une obligation, une corvée, s'y dérober.
2. V. pron. Se retirer furtivement, discrètement. Il parvint à s' avant la fin de la réunion. Fig. La tâche exigeait de tels sacrifices que beaucoup s'esquivèrent, s'y dérobèrent.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Éviter adroitement. "Il fit un mouvement et esquiva le coup." Par extension, "C'est un importun que j'esquive autant que je puis. Ce n'est pas résoudre la difficulté, ce n'est que l'esquiver."
S'ESQUIVER signifie Se retirer sans rien dire et en évitant d'être aperçu, d'une compagnie, d'un lieu où l'on ne veut pas demeurer. "Le coup fait, il s'esquiva. On voulait le retenir; mais il parvint à s'esquiver." Absolument, "Il s'esquiva et s'enfuit."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Éviter adroitement quelque chose ou quelqu'un. C'est un importun que j'esquive autant que je puis.
BOILEAU: « L'autre esquive le coup, et l'assiette volant S'en va frapper le mur et revient en roulant »
PICARD: « Allons, je ne pourrai pas l'interrogatoire »
STAËL: « Faut-il la réflexion comme une ennemie, au lieu d'y livrer toute son âme ? »
    Par extension. Esquiver une difficulté, s'y soustraire, sans la résoudre.
    Absolument.
RÉGNIER: « J'esquive doucement, et m'en vais à grands pas »
LA FONT.: « Les petits, en toute affaire, Esquivent fort aisément ; Les grands ne le peuvent faire »
LA FONT.: « Le lion sort et vient d'un pas agile, Le fanfaron aussitôt d'esquiver »
BOILEAU: « Je saute vingt ruisseaux, j'esquive, je me pousse »

 2   S'esquiver, v. réfl. Se retirer d'un lieu, d'un cercle, en évitant d'être remarqué.
MOL.: « Je me suis doucement esquivé sans rien dire »
    S'éviter l'un l'autre.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. LXXXV: Jà pur morir n'eschiveront bataille
    XIIème siècle
     Sax. XXIV: À mort serez jugié, se [je] ne vous en eschiu
    XIIIème siècle
AUDEFR. LE BAST.: « Li cuens [comte] qui chevalier ne doute [craint] ne esquive »
     Berte, XLV: [Elle] Ne sait comment le froit [elle] puist avoir eschivé
     ib. XLVI: Et l'ourse l'eschiva [l'évita], autre voie est tournée
     Bl. et Jeh. 2411: Mais je le connois à si sage Qu'il eskievera ce damage
BRUN. LATINI: « ....qui li face voloir le bien et eschuer le mal »
JOINV.: « Fui et eschieve la compaingnie des mauvez »
    XVème siècle
FROISS.: « Adonc, pour eschever le fossé qui estoit par devant eux, [les Flamands] tournerent-ils autour du bosquet et prirent l'avantage des champs »
FROISS.: « Sur ces deux ailes, gens d'armes les [les Flamands] commencerent à pousser de leurs roides lances à longs fers et durs de Bordeaux.... dont ceux qui en estoient atteints se restreignirent pour eschever les horions »
FROISS.: « Donc, pour eschiver tous perils, Jean de Hollande s'enferma dans la dite ville »
    XVIème siècle
MONT.: « Beaucoup se sont bien trouvez de mourir, eschevant par là des grandes miseres »
MONT.: « Il fault eschever aux coups que nous ne sçaurions parer »
O. DE SERRES: « Le moien d'eschevir tel danger, est d'enfermer et la mere et les petits »

ÉTYMOLOGIE
    Wallon, hiuver ; provenç. esquivar, eschivar ; espagn. esquivar ; ital. schivare ; du germanique : anc. haut allem. skiuhan ; allem. scheuen, avoir peur. Il y avait un adjectif dans l'ancien français, esquiu ; provenç. eschiu ; espagn. esquivo ; ital. schivo, timoré.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
    ESQUIVER. Ajoutez : - REM. Esquiver a été employé neutralement avec à.
DIDER.: « Nous espérons de notre bonheur ou de notre adresse d' à sa malice Cela n'est plus usité. »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Éviter adroitement quelque coup, quelque choc. "Il fit un mouvement, et esquiva le coup."
Il s'emploie aussi neutralement. "Il poussa son cheval contre moi, j'esquivai adroitement."
Il se dit souvent en parlant Des personnes, des rencontres, des difficultés, etc. "C'est un importun que j'esquive autant que je puis. Ce sont de fâcheuses occasions, il faut les . Ce n'est pas résoudre la difficulté, ce n'est que l'esquiver."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



avec le pronom personnel, signifie, Se retirer, sans rien dire et en évitant d'être aperçu, d'une compagnie, d'un lieu où l'on ne veut pas demeurer. "Le coup fait, il s'esquiva. On voulait le retenir; mais il parvint à s'esquiver."



1ère ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Éviter adroitement quelque coup, quelque choc. "Il fit un mouvement, et esquiva le coup".
Il s'emploie aussi neutralement. "Il poussa son cheval contre moi, j'esquivai adroitement".
Il se dit aussi Des personnes, des rencontres, des affaires. "C'est un importun que j'esquive autant que-je puis. Ce sont de fâcheuses occasions, il les faut . Ce n'est pas résoudre la difficulté, ce n'est que l'esquiver".



2ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)



Esquiver, avec le pronom personnel, signifie, Se tirer subtilement sans rien dire, d'une compagnie, d'un endroit où l'on ne veut pas demeurer. "Le coup fait, il s'esquiva subtilement. On vouloit le retenir dans cette compagnie, il s'esquiva adroitement". Il est du style familier.



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Éviter adroitement quelque coup, quelque choc. "Il gauchit habilement, & esquiva le coup."
Il s'emploie aussi neutralement. "Il poussa son cheval contre moi, j'esquivai adroitement."
Il se dit aussi Des personnes, des rencontres, des affaires. "C'est un importun que j'esquive autant que je puis. Ce sont de fâcheuses occasions, il les faut . Ce n'est pas surmonter la difficulté, ce n'est que l'esquiver."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

["Èskivé": 1re "è" moy. dern. "è" fer.] Éviter adroitement quelque coup, quelque chose. 'Il "esquiva le" coup. Et neutralement: '"J'esquivai" adroitement. = On dit, " un" importun, "une" ocasion fâcheûse; " la" dificulté, etc. = S'"esquiver", se tirer subtilement d'un endroit où l'on ne veut pas demeurer. 'Il "s'esquiva" et ne parut plus.



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Verbe 


(l'"S" se prononce.) Eviter adroitement quelque coup, quelque choc. "Il gauchit habilement & esquiva le coup. il poussoit son cheval contre moy, j'esquivay adroitement".
Il se dit aussi des personnes, & des rencontres des affaires. "C'est un importun que j'esquive autant que je puis. ce sont de fascheuses occasions, il les faut esquiver. Ce n'est pas surmonter la difficulté, ce n'est que l'esquiver".




Emplacement dans le dictionnaire :

esquinancie
esquine
esquinter
esquipot
esquissé
esquisse
esquisser
esquivé
esquive

essai
essaim
essaimage
essaimer
essanger
essart
essarté
essartement
essarter
essayage
essayer




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pétrus BOREL (Rhapsodies)

...coeur ? Badigeonneurs maudits ! Nouveaux iconoclastes ! Respect au stygmate vainqueur ! JUSTICE à l'ex-chambre qui proposait l'abolition de la peine de mort décembre 1830 : en vain le meurtrier veut esquiver la hache et le feu vengeur du bourreau ; il n'est point d'eau lustrale essangeant cette tache. Le fer est sorti du fourreau ; nonobstant, en son lieu ne rentrera l'épée qu'après avoir trouvé son...


Citation n°2 de Léon CLADEL (Ompdrailles, le tombeau des lutteurs)

...cette averse de bénédictions, s'assouplit et composa ; trop madré pour témoigner de l'humeur à sa nombreuse clientèle qui lui permettait de vivre en nabab, il insinua très jésuitiquement, avant de s'esquiver, que tout dépendait de son célèbre pensionnaire, et que, si cet admirable praticien, lui, consentait à redescendre dans la lice, elle, de son côté, l'administration n'y verrait aucun inconvénient,...


Citation n°3 de Louis REYBAUD (Jérôme Paturot à la recherche d'une position sociale)

...de descendre. En attendant, il fallait rester avec mon secret et avec mon aveu sur les lèvres. Je n'y tins pas : un jour, après déjeuner, j'arrêtai ma femme par le bras au moment où elle allait s'esquiver pour se remettre à la besogne : - bibiche, lui dis-je, assieds-toi donc : j'ai quelque chose à te dire. - nenni, nenni, répondit-elle en m'embrassant sur le front ; les pratiques m'attendent. La...


Citation n°4 de Alfred de MUSSET (Lettres de Dupuis et Cotonet (1836-1837))

...vous dandinant, pour prendre une pose théâtrale, chercher dans les yeux qui vous entourent l'effet d'une renommée douteuse, bégayer une phrase ampoulée, attendre le bravo, l'appeler en vain, et vous esquiver dans un à-peu-près ? Croirez-vous avoir réussi, quand quatre mains amies ou payées auront frappé les unes dans les autres, à tel geste appris, au moment convenu ? Cinq cents personnes, entassées sur...


Citation n°5 de Jules SANDEAU (Mademoiselle de la Seiglière)

...de violence et d'usurpation ; vainement il essaya d'établir qu'il tenait ses biens non de la libéralité, mais de la probité de son ancien fermier ; vainement il tenta encore une fois de s'esquiver par les mille et un détours qu'il connaissait si bien : le légiste lui prouva poliment qu'en s'appropriant les biens territoriaux des émigrés la république n'avait fait qu'user d'un droit légitime,...


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